La France et l’Europe ne doivent pas abandonner l’Ecosse! – Jean-Christophe Lagarde

L'Auld Alliance n'est pas qu'un gimmick de supporteurs de rugby (Dan Phillips)
L'Auld Alliance n'est pas qu'un gimmick de supporteurs de rugby (Dan Phillips)
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Depuis bientôt 750 ans, la relation entre la France et l’Ecosse a toujours constitué une singularité dans l’apparent chaos du revirement des alliances et des guerres civiles européennes qui ont meurtri notre continent pendant des siècles.

L’ancien étudiant en Histoire à la Sorbonne que je suis a toujours été frappé par les liens durables et trop méconnus qui nous unissent: l’Auld Alliance n’est pas qu’un gimmick de supporteurs de rugby, elle a uni nos peuples plus profondément qu’on ne le reconnaît aujourd’hui. Des milliers de français dans le Berry ou dans l’Anjou sont des descendants des Ecossais qui se sont installés après avoir combattu pour que la France retrouve son indépendance avec Charles VII. Lorsque mon grand-père est né, tout citoyen français ou écossais pouvait encore automatiquement obtenir la double-nationalité!

La France méconnaîtrait sa propre histoire si elle tournait le dos à cette amitié qu’elle a nouée par-delà les siècles avec l’Ecosse. Nous ne pourrons rien bâtir sans une cohérence et des lignes de conduites fortes avec notre passé.

Aussi, la question brûlante de votre destin national qui se pose depuis plusieurs années ne peut laisser un responsable politique français indifférent. Nicolas Sturgeon a annoncé qu’un projet de loi visant à organiser un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Écosse d’ici 2021 serait prochainement présenté. A cette occasion, l’Europe et la France doivent avoir une parole forte sur l’avenir européen de l’Ecosse.

Cette question est essentielle. Le résultat du référendum sur l’indépendance de 2014 a été influencé par cette dimension européenne: en quittant le Royaume-Uni, l’Ecosse risquait de devoir quitter l’UE également. Finalement, à cause des démagogues qui ont conduit au Brexit, l’Ecosse ne pourra probablement pas rester dans l’UE non plus!

Profondément attachés à la construction européenne, les Ecossais sont poussés à la sortie contre leur volonté.

Cette situation mérite mieux qu’une porte fermée.

La Commission Européenne de José Manuel Barroso a commis une erreur majeure en 2014 en fermant explicitement la porte à un peuple profondément pro-européen, membre de la Communauté à part entière depuis 40 ans. En expliquant que l’Ecosse n’aurait pas sa place en Europe, il n’a pas été à la hauteur de son rôle, ce qui a eu des répercussions évidentes sur l’issue du scrutin, fragilisant le projet d’une Ecosse indépendante.

L’ancien président de la République française François Hollande n’avait pas eu le moindre geste à l’époque: il a fait une erreur colossale en 2014 en considérant que la question de l’indépendance écossaise n’était qu’une question de politique intérieure britannique. Ce n’est pas vrai: le destin du peuple écossais est une question profondément européenne ! La France n’a pas vocation à appuyer ou à s’opposer à la volonté du peuple écossais de devenir un Etat indépendant: cette question appartient aux Ecossais. Mais le rôle de la France est de dire très clairement qu’en cas d’indépendance, l’Ecosse aurait toute sa place dans l’Union Européenne: elle ne doit pas être privée de son destin européen.

J’ai appelé le Président de la République français à exprimer très clairement cette position sur l’avenir de l’Ecosse et de l’Europe. Emmanuel Macron, ne doit pas marcher dans les pas de son prédécesseur: le mutisme des dirigeants européens sur l’avenir de l’Ecosse dessert l’idéal européen. Comment relancer l’Europe en refusant d’ouvrir les bras à l’un des peuples les plus pro-européens de notre continent?

L’Europe est légitime quand elle permet de faire mieux ce qu’on ne sait pas faire seuls: lutter contre le changement climatique, entamer un rapport de force avec la Chine, dominer les américains sur l’intelligence artificielle etc ... Pour cela, nous avons besoin des Ecossais qui ont compris que l’Europe n’était pas qu’un grand marché unique mais un outil de puissance pour nos peuples.

Je crois profondément qu’une Ecosse indépendante aurait sa place en Europe sans conditions et sans délais: elle ne peut en être privée. Les délais et conditions imposés dans le cadre des processus d’adhésion dépendent du respect des acquis communautaires par les Etats candidats: en l’occurrence, l’Ecosse indépendante deviendrait l’un des Etats les plus développés de l’UE et respecte l’acquis communautaire depuis plusieurs décennies. L’obstacle du veto espagnol ayant été levé, rien n’empêcherait une intégration de l’Ecosse selon une procédure exceptionnelle, exactement comme la CEE a procédé en intégrant République démocratique allemande en 1990.

Le choix majeur que vous allez devoir faire d’ici 2021 vous appartient. Sachez cependant que de l’autre côté de la Manche, vous pouvez compter sur des amis qui n’oublient pas que l’Ecosse est un grand peuple européen, ami et allié historique de la France.